Kazakhstan et Asie centrale : perspectives stratégiques et équilibres émergents
- Thierry-Paul Valette
- il y a 2 jours
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Au Sénat, à l’occasion de la table ronde organisée par L'iPSE, l’Institut Prospective & Sécurité en Europe, sous l’impulsion de son président Emmanuel Dupuy, les échanges consacrés au Kazakhstan et à l’Asie centrale ont réuni responsables diplomatiques, experts et parlementaires français et kazakhs, parmi lesquels Loïc Hervé, Vice-Président du Sénat, Madame Gulsara Arystankulova, Ambassadrice du Kazakhstan en France, Evgenii Bolgert, Sénateur du Parlement de la République du Kazakhstan, Bruno Fuchs, Nathalie Goulet ainsi que Christian Cambon. Les débats ont été riches et pluriels. Les éléments suivants constituent une lecture synthétique des points structurants qui ont particulièrement retenu l’attention du Centre Européen de Sécurité et de Stratégie (CESS)

Madame Gulsara Arystankulova, Ambassadrice du Kazakhstan en France, a souligné que son pays traverse une phase de consolidation stratégique et de structuration économique significative. Elle a rappelé que le Kazakhstan figure désormais parmi les cinquante premières économies mondiales et développe activement sa connectivité logistique, son positionnement dans le numérique et l’intelligence artificielle ainsi que son engagement dans l’économie verte. Évoquant le référendum constitutionnel prévu le 15 mars, elle a inscrit cette évolution dans un moment « charnière » pour l’Asie centrale, marqué par le renforcement du partenariat stratégique avec l’Union européenne et par une volonté d’approfondir les relations géostratégiques avec la France. La diplomatie « à 360° » menée par le Kazakhstan a été présentée comme une réponse équilibrée aux recompositions internationales actuelles.
Emmanuel Dupuy a rappelé la profondeur historique des relations franco-kazakhes et l’importance du dialogue parlementaire entre la France et l’Asie centrale. Il a mis en lumière la diplomatie spécifique des États enclavés, évoquant les initiatives menées aux Nations unies visant à fédérer trente-trois pays confrontés à des contraintes géographiques similaires. Il a également souligné plusieurs éléments structurants pour comprendre le positionnement stratégique du Kazakhstan : premier producteur mondial d’uranium, économie dont le PIB avoisine les 300 milliards de dollars, territoire partiellement situé en Europe, et choix historique de la dénucléarisation avec la cession de près de quatre cents têtes nucléaires, acte fort en matière de stabilité internationale.
Pierre Maurin a insisté sur la centralité géographique du Kazakhstan au cœur des interconnexions eurasiatiques et sur les enjeux énergétiques majeurs qui en découlent. Il a rappelé l’importance d’une présence industrielle européenne renforcée dans la région, notant que la France ne figure pas parmi les premiers investisseurs, ce qui laisse entrevoir un potentiel de coopération stratégique accru. L’évocation de la Route de la soie a permis de replacer les corridors contemporains dans une continuité historique aujourd’hui réactivée par la recomposition des flux commerciaux et énergétiques.
Bruno Fuchs, revenant sur sa participation au Forum d’Astana 2025, a appelé à renforcer les partenariats franco-kazakhs « dans le respect du droit international », soulignant l’importance d’un dialogue structuré dans un environnement géopolitique marqué par l’incertitude.
Au cours des échanges, Thierry-Paul Valette a rappelé que le Kazakhstan est appelé à jouer un rôle central dans les interconnexions énergétiques et commerciales euro-asiatiques et a soulevé une interrogation stratégique essentielle : comment envisager la sécurisation durable des corridors logistiques et des infrastructures critiques afin de garantir la fiabilité des flux vers l’Europe dans un contexte géopolitique incertain ? Cette question met en évidence un principe fondamental : la connectivité ne peut être pensée indépendamment de la sécurité.
Au-delà des considérations économiques et diplomatiques, un constat s’impose : l’Asie centrale, et en particulier le Kazakhstan, s’affirme désormais comme un espace structurant des équilibres eurasiatiques contemporains. Pour le Centre Européen de Sécurité et de Stratégie, ces évolutions appellent une réflexion approfondie sur la résilience énergétique, la sécurisation des infrastructures stratégiques et l’équilibre des influences dans une région devenue centrale pour la stabilité européenne à long terme.
Thierry-Paul Valette
Président
Centre Européen de Sécurité et de Stratégie




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